Association des françaises et français des institutions communautaires et europeennes
Date: 
22/06/2014

Bref aperçu du débat au Parlement européen le jeudi 22 mai en prévision des élections européennes du 25 mai


Le jeudi 22 mai 2014, l'AFFCE a organisé, en association avec la section de Belgique des Anciens de Sciences-Po Paris, un débat entre Quentin Dickinson (UDI), candidat dans la région grand Est et Antoine Varoquié (PS), candidat dans la région Île-de-France et Français établis hors de France.

Fabrice Andreone, Président de l'AFFCE, après avoir présenté les deux invités, a précisé les points qui seraient abordés : le cadre institutionnel, la dimension économique et sociale, les questions internationales, et si le temps le permet les questions relatives aux fonctionnaires et agents des institutions européennes.

Sur le cadre institutionnel, Antoine Varoquié a insisté sur la politisation du système et le saut démocratique que constituent les prochaines élections avec le traité de Lisbonne. En effet, il sera tenu compte du résultat des élections européennes pour désigner la personnalité appelée à présider la Commission. Dès lors, c'est d'un projet politique qu'il s'agit. Il faut un contrôle démocratique des transferts de souveraineté. La clé est dans le retour du clivage entre gauche et droite. Il faut que les urnes parlent. L'élection directe du président de la Commission est une avancée majeure. C'est l'expression démocratique d'une majorité issue des élections européennes. Cette majorité prendra la responsabilité politique des choix qui seront faits par la Commission. Nous changerons l'Europe car nous sommes conscients de cette responsabilité politique. Martin Schulz est un parlementaire, élu démocratiquement, qui rassemble une famille politique unie derrière lui. A l'heure actuelle, nous pouvons constater le résultat des politiques d'austérité en Europe : injuste socialement et économiquement inefficace. Jean-Claude Juncker est et restera le chantre des politiques d'austérité quand Martin Schulz axe toute sa campagne sur la croissance durable. La question de l'orientation politique de l'Europe se résume ainsi : austérité et repli sur soi pour la droite, croissance et développement durable pour les socialistes européens.

La vision de Quentin Dickinson est différente. Il explique d'abord son engagement. La participation en baisse, mais surtout la montée du Front national, l’ont décidé à accepter de jouer un rôle politique que d’autres lui avaient déjà proposé depuis une vingtaine d'années. Cette europhobie qui plane sur fond de crise économique, ces nombreuses personnes qui font commerce politique de la peur des gens, tout cela a déterminé son choix. Parmi ses moteurs, il défend des valeurs et explique que « si l’Europe est imparfaite, c’est parce qu’elle est incomplète ». Ce sont les fondements mêmes de l'Europe qui sont remis en cause par les responsables politiques qui exploitent la peur des gens. Sur la directive sur les travailleurs détachés, notamment, « qui doit être retravaillée », il prône une re-discussion et rappelle que « si la France accueille 300 000 travailleurs non Français, 300 000 Français travaillent aussi ailleurs en Europe ». Face à la volonté du Front National de fermer les frontières, il rappelle que de nombreux ressortissants français sont des travailleurs frontaliers. Quentin Dickinson souligne que l'Europe a fait beaucoup de choses positives et qu'il convient de les rappeler même s'il reste beaucoup à faire et à améliorer. Qui se souvient aujourd'hui qu'il y a quelques décennies encore, on patientait une heure aux frontières pour se rendre dans un autre pays?

Par rapport à la question de l'abstention qui risque d'être particulièrement élevée pour ce scrutin, Quentin Dickinson se prononce en faveur du vote obligatoire et pour un changement du système représentatif.

Sur la dimension économique et sociale, Quentin Dickinson indique que le MODEM-UDI appelle à l'harmonisation fiscale et sociale. L'Europe est imparfaite parce qu'elle est incomplète. En France, on compte 300.000 travailleurs détachés et il y a autant de Français détachés à l'étranger. En 2012, il n'y a eu que 1200 contrôles, ce qui n'est rien. Or, les sanctions sont dissuasives. Les 28 marchés nationaux de l'emploi doivent être compatibles.

Antoine Varoquié refuse la confusion entre mobilité et dumping social. Il plaide pour un traité social et la nécessité d'une croissance durable, qui est le prérequis d'une reprise de long terme. La coordination de l'effort commun de croissance garantit que la reprise sera durable. Il n'y a pas de contradiction entre les politiques en faveur de la croissance et le développement durable. L'Europe sociale n'est pas encore là, mais les socialistes y œuvrent : les systèmes sociaux sont très hétérogènes ; la question de la couverture sociale est évidemment centrale ; les socialistes veulent instaurer un salaire minimum européen et favoriser le développement de système convergent de protection sociale.

Concernant la situation d'Alstom et son éventuelle reprise par Siemens ou General Electric, Quentin Dickinson suit le dossier de près car les usine sont implantées dans sa circonscription. Nous avons besoin d'un pôle énergie et d'un pôle ferroviaire; il faut construire ce géant ferroviaire européen. Or, il faut agir vite car Il y a d'autres entreprises qui se développent rapidement dans ce domaine et qui peuvent être très concurrentielles : KAF en Espagne, STADLER en Suisse.

Concernant la fonction publique européenne et son avenir, Quentin Dickinson a mis en valeur la compétence et la haute technicité du personnel. Les salaires sont loin d'être surdimensionnés par rapport au privé. Mais les fonctionnaires européens souffrent d'une image particulièrement négative et de faux argument sont lancés à leur encontre. La chaîne de responsabilité est à revoir, ainsi que le mode de recrutement. En conclusion, il y a beaucoup de chantiers à mener.